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La Règle de vie
Chapitre premier
But de la communauté et règles d’admission
1. Puisqu’aucune communauté ne peut exister sans être guidée par des lois, puisqu’il ne serait d’ailleurs guère possible de vivre sans loi une existence ici-bas: pour ces raisons, vous qui avez été réunis en une société et cloîtrés dans des monastères sous l’autorité d’un seul supérieur, vous vous efforcerez d’observer ces quelques Règles (outre la Règle de saint Augustin) , pour votre paix intérieure et la sécurité de vos consciences.
2. Tout d’abord, considérez avec diligence et assiduité quel est le but de votre Congrégation. (C’est) ce que tous les Ordres ont en commun: le plus grand rayonnement de la gloire de Dieu, et le souci de votre salut allié à une quête sincère de perfection. Et que servirait à l’homme de gagner l’univers, enseigne le Sauveur, s’il y laisse sa vie? (cf. Mt 16,26) Mais, de crainte de demeurer sans travail dans les vignes du Seigneur, (cf. Mt 20,1-16) vous promouvrez de toutes vos forces la dévotion à l’Immaculée-Conception de la Vierge Mère de Dieu, et, avec les plus grands zèle, piété et ferveur, assisterez les âmes des fidèles défunts soumis aux souffrances expiatoires – en particulier, les âmes des soldats et des pestiférés.
3. Puisque la vie contemplative ne vous lie pas aussi strictement, bien que vous soyez institués sous le statut érémitique, on n’empêchera pas ceux qui sont dotés de tels talents d’assister humblement les pasteurs dans leur travail d’église, si les pasteurs les sollicitent, et après avoir obtenu l’autorisation des Ordinaires et des Supérieurs .
4. Ceux qui souhaitent se joindre à votre Société devraient vous être bien connus, ou, du moins, vous être recommandés. Ils doivent, également, présenter des lettres de naissance légitime. Ils doivent venir avec l’intention de vivre leur vie d’une façon plus parfaite, d’adapter leur conduite aux normes, de s’efforcer d’atteindre le but de leur vocation; ils ne doivent pas être entravés par la censure, les dettes ou les poursuites judiciaires.
5. Dans la formation des novices, que l’on observe les Constitutions Apostoliques , que l’on ne juge pas qu’un novice soit prêt à professer les voeux et le serment de persévérance avant qu’il n’ait fait ses preuves sous toutes formes de mortification, prière, pénitence, silence intérieur et zèle à pratiquer toutes les autres vertus. Qu’ils sachent bien qu’une fois leurs voeux prononcés, il leur sera impossible de renoncer à leur vocation (sauf s’ils choisissent de se plier aux règles plus strictes d’un autre Ordre approuvé, et ce, après avoir obtenu l’autorisation du Supérieur de la Congrégation et une dispense apostolique) . Si quelqu’un se révèle incorrigible, un conspirateur, un fomentateur de troubles suscitant le scandale, après l’avoir admonesté à trois reprises, on devrait le confiner à une petite chambre pendant six mois, et s’il n’a pas repris ses esprits, il devrait être exclu de la Congrégation ou, s’il souhaite se joindre à un autre Ordre approuvé et que cet Ordre l’accueille avec bienveillance, qu’on le lui confie.
6. Lorsque la période de probation sera complétée, la profession de voeux sera formulée comme suit:
Je, N., fils de N., du diocèse de N., âgé de ( ) ans, librement et de mon plein gré, par amour de Dieu, pour sa plus grande gloire, et la vénération de la Vierge, pour assister les défunts dénués de suffrages, en particulier les soldats et les pestiférés, je fais don de moi-même à la Divine Majesté, et à la Mère de Dieu, la Vierge Marie, en son religieux Institut des Clercs Réguliers de l’Immaculée Conception, ou Ermites Mariens. Ceci [je le fais] perpétuellement et irrévocablement . Et je fais vœu de Pauvreté, Chasteté et Obéissance à son supérieur. Que Dieu et les Saints Évangiles me viennent en aide.
Cette référence à la Règle de saint Augustin constitue un véritable mystère. En fait, l’édition de Règle de vie datant de 1687 ne contenait pas cette parenthèse. Serait-ce l’une des "corrections" du Cardinal Colloredo? Probablement pas, parce qu’il a dit qu’il était suffisant que les Mariens observent La Règle de vie (cf. "Préface", n. 4). Le Père Stanislas lui-même n’a dit dans nul autre document ou écrit que la Règle de saint Augustin était une règle possible ou réelle liant les Mariens. Toutefois, nous ne pouvons pas exclure la possibilité qu’il ait décidé d’adopter cette Règle (du moins à titre d’orientation spirituelle) vers l’an 1697, alors qu’il préparait la publication de sa Règle de vie, de façon à consolider la position de son Institut (à qui on reprochait toujours d’être insuffisamment sanctionnée par les autorités ecclésiastiques). Ce type d’adoption "spirituelle" (et non juridique) de la Règle de saint Augustin (qui était l’une des quatre Règles approuvées par le Saint-Siège depuis 1215) n’a pas pour autant valu à l’Ordre l’approbation pontificale, mais cela lui a, du moins, prêté l’apparence d’un Institut fermement enraciné dans la tradition religieuse de l’Église.
Alors que les Mariens étaient toujours appelés des "Ermites" en raison de leur statut juridique – ce qui s’était avéré le seul moyen d’obtenir leur érection canonique au sein de l’Église – le Père Stanislas a tenté dès le départ de libérer ses religieux et lui-même des restrictions imposées à leurs activités apostoliques par le statut érémitique. Ainsi il a réussi à faire reconnaître aux Mariens le droit d’exercer une activité pastorale extérieure et ce, dès la rédaction de sa Règle de Vie. C’est un énoncé plutôt timide, mais nous savons que dans la dernière décennie du XVIIe siècle, les Mariens formaient déjà de facto un Institut pleinement actif, ses membres ayant d’importantes activités missionnaires et pastorales à l’extérieur de leurs monastères.
Ceci réfère à la constitution de Clément VIII "Cum ad regularum", 1603.
Cette déclaration avait pour but de contrecarrer le phénomène croissant de désertion parmi les rangs des Mariens. Nous pouvons facilement comprendre comment il pouvait être difficile d’observer l’austère et stricte Règle de Vie et comment, après une période initiale de zèle spirituel, la tentation de renoncer à cette vie stricte a pu traverser l’esprit de bon nombre de Mariens. Le Père Stanislas savait que certains canonistes et moralistes n’avaient pas une très haute opinion de la valeur d’une obligation assumée par simples vœux (qui étaient plutôt considérés comme de simples promesses, dispensables par n’importe quel confesseur; en fait la formulation de la profession contenue dans La Règle de vie de 1687 employait les termes "Je promets" plutôt que "Je fais vœu" – de pauvreté, chasteté et obéissance). C’est pourquoi il a renforcé les simples vœux des Mariens à l’aide d’un serment irrévocable de persévérance perpétuelle dans la Congrégation et a essayé d’obtenir en 1692 un décret de la Congrégation des réguliers et évêques statuant que seul le Saint-Siège pouvait dispenser les Mariens de leurs vœux, et ce, uniquement en raison de motifs des plus graves (cf. Positio, pp. 514–515). Il est intéressant de noter que dans l’édition 1687 de La Règle de vie, il était interdit aux Mariens de quitter la Congrégation même "sous le prétexte de vouloir se plier à des règles plus strictes", puisque – faisait valoir le Père Stanislas – "quiconque parmi vous peut faire une telle profession à même cet Institut" (cf. Positio, p. 463, note "b"). Cela signifiait sans doute que tout Marien pouvait demander d’être affecté à la maison de la Forêt de Korabiew qui était soumise à des règles – pénitentielles et érémitiques – plus strictes que les autres maisons Mariennes.
A cette époque, selon les règles en vigueur dans les instituts religieux, on ne faisait pas profession de vœux temporaires.
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